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Horizons de 2009

Tiens, tiens. Les deux romans réunis sur une même affiche. Le ciel de Bay City et La route. Sont pas fous nos libraires.

Me suis demandé ce qu'ils avaient en commun, ces deux romans, pour avoir été si primés.

L'Amérique, bien entendu.

L'Amérique qui brûle. Une vision apocalyptique du monde. Notre américanité disséquée dans ses valeurs poubelles à la K-Mart.

Et puis, le miroir nous renvoie une image de nous-mêmes, notre individualité dans cette Amérique trouble. Chaque fois, le parcours d'un être seul au monde.

Dickner donne aussi dans l'apocalypse, tout comme pas mal de romans publiés en 2009...

Si c'est pas ça un horizon d'attente, je m'appelle Jauss.

Le Chroniqueur




Une autre diarrhée verbale qui coule sur les blogues, gracieuseté de Louis Hamelin pour qui ça devient une habitude. Sa chronique du 31 décembre regroupe plusieurs tics du seul chroniqueur littéraire du Devoir.



« Même les mauvais livres participent à l'enchantement, éclairent la route commune de leurs douloureux tâtonnements et contribuent à accoucher de cette encombrante protubérance de la raison, ennemie absolue du marketing et, pour cette raison, attaquée de partout, qu'est l'esprit critique. C'est la dernière subversion possible, celle qui demande à la littérature d'exiger, plutôt que de religieusement sacrifier aux poncifs de la bannière entoilée pour la seule gloire d'ajouter ses propres sécrétions blogogoïsantes à la globalosphère de toutes les vies, de tous les dangers et de toutes les vidanges. "

Qu'est-ce que tu veux dire, mon Louis? Pour moi, les mauvais livres ne participent aucunement à l'enchantement. Ils sont juste mauvais.

Louis Hamelin nous apprend aussi qu'il est un des derniers lettrés qui soit, un résistant. Dans toute sa folle solitude, le chroniqueur combat. Après Don Quichotte, voici le Hamelin de la Mancha qui se bat contre des pylônes électriques : "Ma maison et moi vivons ainsi, de l'espoir fou d'aider à sauver une dernière rivière sauvage du Nord, de décourager l'érection d'un pylône à la fois... "

Est-ce qu'un chroniqueur, c'est comme une éolienne ou bien ça s'essouffle? Quand il ne vente plus… il ne vente plus. Les palmes arrêtent de tourner. Peut-être. Et « l'érotisme de la lecture » dont il fait l'étalement exaspère un peu. Vieux jeu, va!

Après s'être ouvert une Heineken, notre coureur des bois de chroniqueur consacre la lecture, action suprême entre toutes : "Ensuite, rien d'autre que le bruit des mots et celui du vent."

Fais pas chier Louis. Le bruit des mots et celui du vent, vraiment?

Comment écrire?



Theodor Adorno, dans un fragment de Minima moralia, aborde la question du style. Comment donc écrire? La question du style se pose, inévitablement, pour quiconque se met à écrire. Nous sommes souvent, moi le premier, tentés par la familiarité afin de bien se faire entendre, une proximité avec le lecteur que redoute Adorno.
"La rigueur et la pureté d'une écriture même extrêmement simple créent bien plus une impression de vide. La négligence qui entraîne à se laisser porter par le courant familier du langage passe pour le signe de la pertinence et du contact: on sait ce que l'on veut parce que l'on sait ce que veulent les autres. Considérer l'objet plutôt que la communication au moment où l'on s'exprime, éveille la suspicion: tout ce qui est spécifique, non emprunté à des schémas préexistants, paraît inconsidéré, symptôme d'excentricité, voire de confusion. La logique actuelle si fière de sa clarté a adopté naïvement cette notion pervertie du langage quotidien. Une expression vague permet à celui qui l'entend d'imaginer à peu près ce qui lui convient et ce que, de toute façon, il pense déjà. L'expression rigoureuse impose une compréhension sans équivoque, un effort conceptuel dont les hommes ont délibérément perdu l'habitude, et attend d'eux que, devant tout contenu, ils suspendent toutes les opinions reçues et, par conséquent, s'isolent, ce qu'ils refusent violemment. Seul ce qu'ils n'ont pas à comprendre leur paraît compréhensible; ce qui est réellement aliéné, le mot usé à force d'avoir servi, les touche parce qu'il leur est familier."
Adorno est-il vieux-jeu? Qu'importe. Ce qu'il dit sur la communication touche une question essentielle.
Adorno nous tend un miroir. Nous, sujets modernes, nous complaisons dans notre confort intellectuel à savoir "ce que, de toute façon, [on] pense déjà" et ce dont nous sommes de moins en moins capables, c'est-à-dire "l'effort conceptuel dont les hommes ont délibérément perdu l'habitude".

Lukàcs ou une éthique du meurtre



Lu, avant de me coucher:

"Avec la cohérence du converti fervent, Georg Lukàcs alla, autour de 1920, jusqu'à penser les nouvelles règles du meurtre commis avec de bonnes intentions, sous le nom d'une "Deuxième Éthique". Le nombre deux devait ici signifier que l'on se rappelait certes la première éthique, hostile au meurtre, de la tradition judéo-chrétienne, mais qu'on la mettait consciemment hors service pour pouvoir passer sans entrave à l'action révolutionnaire.
L'idéalisme absolu de l'engagement révolutionnaire déchaînait l'instrumentalisme total pour éliminer les obstacles qui entravaient la nouveauté." (Peter Sloterdijk, Colère et Temps, Hachette, p. 204.)

Bon, une éthique du meurtre. Je ne crois pas que ça puisse remettre en question son travail sur le roman et tous ses travaux de sociocrétinisme. Mais, quand même!