Lukàcs ou une éthique du meurtre



Lu, avant de me coucher:

"Avec la cohérence du converti fervent, Georg Lukàcs alla, autour de 1920, jusqu'à penser les nouvelles règles du meurtre commis avec de bonnes intentions, sous le nom d'une "Deuxième Éthique". Le nombre deux devait ici signifier que l'on se rappelait certes la première éthique, hostile au meurtre, de la tradition judéo-chrétienne, mais qu'on la mettait consciemment hors service pour pouvoir passer sans entrave à l'action révolutionnaire.
L'idéalisme absolu de l'engagement révolutionnaire déchaînait l'instrumentalisme total pour éliminer les obstacles qui entravaient la nouveauté." (Peter Sloterdijk, Colère et Temps, Hachette, p. 204.)

Bon, une éthique du meurtre. Je ne crois pas que ça puisse remettre en question son travail sur le roman et tous ses travaux de sociocrétinisme. Mais, quand même!

Allô Michael




Le Sismographe, un carnet du Devoir indique que AT&T veut "ralentir le progrès" parce qu'elle n'est plus capable de suivre le rythme de notre "modernité". La compagnie demande aux gens de moins utiliser le transfert de données...

L'image choisie par Fabien Deglise, je l'adopte tout de suite. "Back to the Future". Ah non, je me trompe de Michael. Il n'est pas canadien celui-là. Et Michael J. Fox est plus soft, moins cocaïnomane.
Trop de Michael dans les années 90...


Montréal café

Le contraste d'une journée d'intérieur. L'antre où "j'étudie". La table des amoureux versus l'avenue Outremont enneigée.



Noël avec Dylan : Vidéo de "Must be Santa".

Le dernier repas d'un condamné














Vieille nouvelle, mais tout de même : Romell Broom dont on a raté l'exécution en Ohio.

Me fascine toujours avec quel détail on décrit le dernier repas :

"Le condamné à mort a pris son dernier repas à 16h dimanche. Il avait commandé une pizza extra fromage garnie d'oignons, de champignons et de poivrons verts, des rondelles d'oignons frites, des chips Doritos, une tarte aux cerises, une crème glacée aux bleuets et un Dr. Pepper."

Tant qu'à être traité comme du bétail, pourquoi donc un dernier repas?




Les petites juives

Vous souvenez-vous de ce que c’est que revenir de l’école quand il fait noir? Depuis que les nuits ont allongé, les petites juives marchent groupées. Quand elles reviennent de l’école, elles marchent par essaims. Elles sont cinq ou six, en formation, à se frôler tellement elles se suivent de près. Elles ont de petits pas rapprochés. Elles piétinent pour ne pas se rentrer dedans. Mes petites juives ont de grands yeux qui me réconfortent dans le noir.

Travaux forcés


Travaux forcés. Ou, pour les intimes, les travaux de fin de session.

Une écriture de note de bas de page.

Un travail d'université, c'est une bibliographie dûment commentée.

Déplaisir. Gymnastique dépourvue de sens.

Pour les vraies notes de bas de page et les vraies bibliographies, encore moins d'estime. Je sais que le professeur qui me corrige ne lit ni les notes de bas de page ni la bibliographie. Oh, il jette un œil. Il s’assure que tout est là, pour la forme.

J’ai le sentiment d’être à côté. Je me sens comme le pompier qui sortirait les meubles d’une maison qui brûle. Mieux, un pompier qui éteindrait un feu de poubelle.


le Grand rire

Il faut naturellement rire à tout prix. C’en est devenu déplacé cette manie de rire sans arrêt. Nous sommes malades de rire, incapables d’arrêter de rire. Comme quand un enfant a le fou rire, on le trouve drôle au début et puis après on lui dit : « mais arrête donc! », on s’excuse auprès des autres. On se sent mal, bien entendu. C’est déplacé tout ça. « Je crois qu’il est fatigué, mon enfant ». Tout d’un coup, ce n’est plus drôle. Et l’on punit l’enfant.

Il y a eu la Grande Guerre, mais je crois que nous sommes à l’époque du Grand rire. Un rire collectif.

Les gens du futur, ils vont voir toutes nos sitcoms, nos émissions de variétés et ils vont se dire que c’est un non-sens. Mais, ils ne riront plus de la même chose que nous. Forcément, nous rions du présent, de situations bêtes qui sont les nôtres. Nous rions de notre quotidien et eux, les gens du futur, riront de nous.

Je crois qu’ils vont se demander pourquoi ils avaient autant besoin de rire. Étaient-ils dépressifs?

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- Étaient-ils dépressifs?

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Humour noir

Été voir le documentaire sur Laferrière à l’ex Ex-Centris, dont il reste une salle de cinéma : Le parallèle. Joli minois d’ailleurs. L’ancien Ex-Centris est transformé en lounge bon chic bon genre et on y donne des concerts jazz. L’art s’embourgeoise.

Il y avait un pauvre type dans la salle. Un vrai de vrai, qui a applaudi à tout rompre à la fin de la séance et qui s’est mis à crier des « bravos! », « bravos! » comme s’il était à l’opéra ou à la première pièce de théâtre de sa fille. Eh bien, le pauvre type, figurez-vous que je n’ai pas été surpris de l’entendre parler d’ « humour noir » et de « fine ironie » à la sortie de la salle. Ayant le nez pour flairer pareils imposteurs, j’ai tendu l’oreille. Celui que je croyais être un pauvre type, un papa de centre communautaire, est en fait du « milieu » artistique.

Je déteste les gens quand ils parlent d’art.

Ce type, je l’avais de travers. Ceux qui me connaissent savent combien je peux faire un cas en pareilles circonstances. Me suis dis : « bah, oublie ça. » N’empêche que j’aurais dû le reconnaître avec son foulard à la Franco Nuovo… J’ai ri un bon coup, intérieurement bien sûr, en me rappelant qu’il parlait de l’humour nègre de Dany Laferrière. Mais pas d’humour noir là-dedans mon ami, ça non, juste la réalité haïtienne.

Le documentaire, je vais y arriver.

La cassette que Dany Laferrière nous passe depuis des années sur toutes les tribunes, c’est celle de ce film. Le docu est bien ficelé. Faudrait écouter ce qu’il a à nous dire une dernière fois, Dany. Et ce film, je le réécouterai après sa mort.

Un des Péruviens qui a travaillé avec Pedro Ruiz, le réalisateur, est venu nous parler en début de séance. Pour tourner, ils sont partis, neuf sherpas entêtés, puis ils ont bouclé le film avec les moyens du bord. Ils ont suivi Laferrière, comme une rock star, en Haïti, à New York, partout. La scène où l’on voit Dany en compagnie du poète Frankétienne est géniale. Ce Frankétienne, chez Mémoire d’encrier, je vous le recommande.

On nous repasse des scènes des films de Dany Laferrière avec Maka Kotto et Michel Mpambara, notamment. C’est aussi plaisant de voir Laferrière tout enjoué, du temps où il faisait la météo à TQS.